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Jaguar E

 

   - Historique


L'histoire du Jaguar remonte au lancement du programme ECAT (avion école combat et d'appui tactique), début 1964.
L'état-major de l'Armée de l'Air envisageait alors une version biplace pour l'école et une version monoplace pour l'appui tactique avec les spécifications opérationnelles suivantes : biréacteur, possibilité d'utiliser des terrains sommairement aménagés, rayon d'action 4500 km à très basse altitude avec le plein de carburant dans les réservoirs internes. Le 15 janvier 1965, le Comité technique des programmes des Armées fixait son choix sur le projet présenté par Breguet (Breguet 121) qui s'apparentait assez étroitement au Taon.
A peu près en même temps, en octobre 1964, les britanniques établissent de leur côté une fiche-programme pour un appareil d'entraînement supersonique.
A priori les besoins semblent différents mais exigent de nombreuses caractéristiques communes : les programmes d'entraînement avancé, qui insistent sur la pénétration à basse altitude, impliquent une résistance structurale et des qualités de vol que l'on recherche également sur des avions destinés aux missions tactiques. Par ailleurs, l'aptitude au vol supersonique, exigée pour l'avion d'entraînement, accroît les qualités de combat de l'avion tactique. En retour les programmes d'entraînement sont simplifiés par l'amélioration des qualités de vol à basse vitesse, d'atterrissage et de décollage qui résultent des exigences d'aptitude aux terrains rudimentaires demandées par l'avion d'appui tactique.
C'est ainsi que les deux projets sont rapprochés début 1965, aboutissant à l'établissement de spécifications communes qui furent sanctionnées le 17 mai 1965 par la signature d'un accord gouvernemental franco-britannique définissant le programme d'un avion d'école de combat et d'appui tactique : le Jaguar, présenté conjointement par Breguet-Aviation et British Aerospace Corporation, équipé de deux turboréacteurs Rolls-Royce/Turbomeca RB.172-T.260 " Adour " de plus de 2 000 kg de poussée à sec.
En mai 1966, la Société Européenne pour la Production de l'Avion Ecole de Combat et d'Appui Tactique (SEPECAT), est créée par Breguet et BAC, de droit français, elle est chargée de gérer le projet et recevoir les contrats. Un mois plus tard c'est au tour de la Société Rolls-Royce-Turbomeca Ltd par Rolls-Royce et Turbomeca, de droit britannique, elle est responsable de la mise au point et de la production des turboréacteurs Adour.
La fabrication des prototypes est lancée en octobre 1966 et en mars 1967 l'Adour fait ses premiers essais au banc. C'est le 9 janvier 1968 que le ministre français des Armées et le ministre britannique de la Défense signaient à Londres une commande de quatre cents appareils pour les besoins à parts égales de l'Armée de l'Air et de la R.A.F
Le sortie d'usine a lieu le 17 avril 1968, le premier prototype effectue son premier vol le 8 septembre de la même année.


   - Production

La partie avant et le fuselage central sont produits par Breguet à Toulouse et Biarritz, la voilure, la partie arrière et les empennages par la B.A.C. à Preston. Chaque pays assurant l'assemblage final des avions qui lui sont destinés. La cellule est la même pour les deux pays mais l'équipement est différent, en particulier pour ce qui concerne l'avionique et l'armement. Les avions français sont équipés de radar doppler DECCA, télémètre laser Thomson-CSF, deux canons DEFA 553 de 30 mm, sièges éjectables Martin-Baker JRM4. Les avions britanniques ont un système de navigation à inertie et un télémètre laser Ferranti, deux canons Aden de 30 mm, sièges éjectables Martin-Baker 9B Mk II.

Versions du Jaguar :
- A : 160 monoplaces d'appui tactique pour la France.
- S : 165 monoplaces d'appui tactique pour la RAF où ils sont désignés Jaguar GR1 et GR3.
- E : 40 biplaces école de combat pour la France. La cabine du Jaguar E comporte deux postes de pilotage en tandem, séparés par un cadre et une glace de protection. Elle est pressurisée et climatisée. Le poste arrière est surélevé de 38 cm par rapport au poste avant. Les verrières sont éjectables.
- B : 35 biplaces école de combat pour la RAF où ils sont désignés Jaguar T2. Un seul canon Aden.
- International : basé sur le S il peut être équipé du radar Agave, dispose en option d'un pylône d'extrados sur chaque aile permettant le tir de missiles air-air Matra R550 Magic, il peut aussi tirer des missiles anti-navires Sea Eagle, Harpoon, Exocet ou Kormoran.
- M : version embarquée pour la Marine Nationale restée à l'état de prototype, le Super Etendard lui étant préféré. Les principales différences par rapport au A portent sur le train d'atterrissage, les dispositifs hypersustentateurs, le siège éjectable qui est un Mk 9, la présence d'une crosse d'appontage.

Fin 1981, les Jaguar de la RAF et de l'Armée de l'Air avaient tous été livrés, entre temps la RAF ayant commandé deux exemplaires supplémentaires.
Les versions initiales pour l'Armée de l'Air et la RAF étaient équipées de moteurs Adour Mk 102 de 2320 kgp à sec et 3315 kgp avec postcombustion alors que le Jaguar International bénéficiait de l'Adour Mk804 de 2415 kgp à sec et 3645 kgp avec postcombustion
De 1978 à 1984 les Jaguar de la RAF ont été équipés de moteurs Adour Mk 104, équivalent au 804. Plus récemment ils ont été modernisés avec une nouvelle avionique et la possibilité de tirer des missiles ASRAAM.
Hindustan Aeronautics Ltd à Bangalore en Inde construit sous licence des Jaguar International équipés d'Adour Mk 811 pour l'Indian Air Force. Une première série a porté sur 58 Jaguar IS (monoplace d'attaque au sol), 10 Jaguar IB (biplace) et 12 Jaguar IM (antinavires équipés de radar Agave). 15 IS supplémentaires ont été commandés en 1993 dont les livraisons se sont terminées en 1999, suivis de 17 biplaces et 20 IS dont la production est en cours.


   - Carrière

Dans l'Armée de l'Air le Jaguar est entré en expérimentation à l'été 1972. Il a équipé la 7ème escadre de chasse de St Dizier, la 11ème de Toul ainsi qu'un escadron de la 3ème escadre, au sein des escadrons 1/7 "Provence", 2/7 "Argonne", 3/7 "Languedoc", 4/7 Limousin", 1/11 "Roussillon", 2/11 "Vosges", 3/11 "Corse", 4/11 "Jura" basé à Mérignac, 3/3 "Ardennes".
Les Jaguar français ont été impliqués dans de nombreuses opérations extérieures : détachements dans divers pays africains, notamment le Tchad, Guerre du golfe en 1991, Bosnie en 1995, Kosovo en 1999. En 2002 il restait 25 Jaguar dans l'Armée de l'Air, tous regroupés au 1/7.
Leur retrait est officiellement intervenu mi-2005.

Le Jaguar doit être remplacé par le Rafale au standard F2.

La Base aérienne 106 reçoit le 23 mai 1995 le nom de tradition "Capitaine Michel CROCI" en l'honneur de cet officier pilote de chasse, chef des opérations de l'E.C. 4/11 "Jura", mort pour la France le 25 janvier 1984 au Tchad, en service aérien commandé.
Ce jour là, alors en détachement à N'Djaména dans le cadre de l'opération « Manta », il s'envole à la tête d'une patrouille mixte Jaguar / Mirage F1 pour effectuer une mission de reconnaissance armée au-dessus d'éléments hostiles dans la région de Torodum (Tchad). Il trouve la mort lorsque son avion, probablement touché par un projectile, explose.

Les livraisons à la RAF ont commencé en 1973 au No 226 OCU de Lossiemouth, à son apogée le le Jaguar équipait 8 unités de première ligne et une d'entraînement stationnées en Allemagne. En 2002 il restait en service dans trois squadrons basés à Coltishall (6, 41 et 54) et un squadron de réserve à Lossiemouth (16). Les Jaguar de la RAF ont participé à la Guerre du Golfe.
En 2002 la RAF avait 55 appareils opérationnels. Ils ont été retirés du service en 2006.


   - Exportation

Le Sultanat d'Oman a commandé en août 1974 dix monoplaces et deux biplaces, les livraisons s'étalant de mars 1977 à mai 1978. Un second contrat a été signé en juin 1980 pour douze Jaguar propulsés par des Adour Mk 811 et dotés d'une avionique GEC.
L'Equateur a commandé dix monoplaces et deux biplaces.
L'Inde a signé un contrat en 1979 pour la fourniture de 40 avions (35 monoplaces, 5 biplaces) montés en Grande-Bretagne, dont la livraison était achevée en 1982. Les 132 avions suivants étant produits localement. Il y est aussi connu sous le nom de Shamsher.
Le Nigéria a commandé 13 monoplaces et 5 biplaces, les livraisons étant terminées en 1985.

Caractéristiques
Envergure 8,69 m 3 vues
Longueur
- version ravitaillée
- version non-ravitaillée

17,57 m
17,54 m
Hauteur 4,82 m
Surface alaire 24 m2
Masse à vide équipé 7375 kg
Masse max. 15000 kg
Vitesse max. M = 1.35 (à 40000 ft)
Plafond pratique 40000 ft
Temps de montée à 36000 ft 3 mn 15 s
Réacteurs 2 Rolls-Royce/Turbomeca Adour Mk102 de 2.295 daN sec et 3.285 dan avec PC
Armement interne 2 canons DEFA 553 de 30 mm de 1100 à 1500 coups/minute
Armement externe Cinq points d'accrochage, un sous le fuselage et deux sous chaque demi-voilure

 

L'appareil du CAEA
Le Jaguar E02 est le second prototype du Jaguar. Il a effectué son 1er vol le 11 février 1969 piloté par Bernard Witt, chef-pilote d'essais chez Breguet Aviation, d'une durée de 70 mn au cours desquelles il a dépassé mach 1. Il est employé pour les essais du conditionnement d'air série, après un chantier de montage de celui-ci, des entrées d'air pitot, de flutter, les essais moteurs chez Rolls-Royce à Hucknall, les essais de vrilles de la version biplace à Warton et, de retour en France, les essais de perche de ravitaillement bien que dépourvu du circuit de carburant correspondant.
A la fin de sa carrière, il sert au SIRPA qui le présente dans le cadre de son exposition itinérante sous un camouflage désertique deux tons avec une immatriculation de la 7ème escadre de Chasse et un faux numéro E1. Depuis 1998 il était stocké démonté sur la BA 106.
Il est finalement remonté par l'Armée de l'Air et la Sogerma pour être présenté lors des journées du patrimoine en septembre 2002.

Visible dans le hangar.

Voir aussi
Vidéo Un Jaguar aux quinconces
Participation aux commémorations du 14 juillet 2005,
montage et démontage de l'avion

Format wmv, 6 mn 39 sec, 11 095 Ko. Réal. : Jacques Wettervald